« Je n’ai rien à te dire sinon que je t’aime »


Textes choisis par Diane Z.

En écho à l’exposition « Correspondances amoureuses » au Musée des Lettres et des Manuscrits de Paris, la Mode à la Française a sélectionné les écrits intimes et les confidences de Françaises célèbres d’hier et d’aujourd’hui. Toute en délicatesse, elles se sont confrontées au dur exercice épistolaire de la lettre d’amour pour épancher leur sentiment pourtant si inexprimables. Que ce soit à travers des déclarations passionnées, des jalousies ou des missives plaintives, elles ont reflété les facettes de cet état mystérieux dont nulle ne souhaite guérir.

Lamartine (1790-1869) incarne le romantisme lyrique. En 1816, il rencontre Julie Charles avec qui il vit, pendant un an et malgré la tuberculose qui la consume, une idylle aux accents tragiques. Qui peut mieux évoquer ce poète que la femme qui lui inspira, une fois morte, ses Méditations poétiques ?

À onze heures et demie, mercredi [8 janvier 1817]

« Est-ce vous, Alphonse, est-ce bien vous que je viens de serrer dans mes bras et qui m’êtes échappé comme le bonheur échappe ? Je me demande si ce n’est pas une apparition céleste que Dieu m’a envoyée, s’il me la rendra, si je reverrai encore mon enfant chéri, et l’ange que j’adore ! Ah ! je dois l’espérer. Le même ciel nous couvre aujourd’hui et depuis ce soir je vois bien qu’il nous protège. Mais les cruels qui nous ont séparés, quel mal ils nous ont fait, Alphonse ! Qu’avons nous de commun avec eux pour qu’ils viennent se mettre entre nous et nous dire : vous ne nous regarderez plus ?

Ce morceau de glace mis sur nos cœurs ne vous a-t-il pas déchiré, ô mon ange ? J’en sens encore le froid. J’ai cru que j’allais leur dire : Eh ! laissez-moi. Vous voyez bien que je ne suis pas à vous, que j’ai beaucoup souffert, et qu’il est temps pour que je vive qu’il me ranime sur son sein ! – Ils sont partis : mais vous pourriez être là et je suis seule ; comment, Alphonse, n’en pas verser des larmes ? Ah ! pourtant bénissons cette Providence divine ! Demain encore, n’est ce pas, elle nous réunira et pour cette fois elle nous laissera ensemble !

(…)

Je vous laisse, enfant chéri ! pour quelques heures. Vous allez dormir et moi pendant la nuit entière je vais veillez sur vous et demander à Dieu que demain nous arrive ! Après nous pouvons mourir. Dors donc, ami de mon cœur ! dors et qu’à ton réveil cette lettre que tu recevras avec tendresse te soit remise ! mon ange ! mon amour ! mon enfant ! ta mère te bénit ! et bénit ton retour ! »

George Sand, sous son pseudonyme masculin, fut une femme en avance sur son temps pour l’écriture et aussi en amour. Mariée à Casimir Dudevant, elle obtint le divorce grâce aux manigances de l’avocat, Michel de Bourges, dont elle tomba immédiatement amoureuse.

23 janvier 1837

« Si je couvais d’autres amours, je n’aurais pas fait violence à ma fierté pour aller m’humilier dans les larmes devant toi. Si je ne t’aimais plus, je n’aurais pas subi l’affront de reproches que je ne ouillé avec moi. Si je n’avais pas eu le cœur brisé, j’aurais su renfermer des pleurs qui n’avaient peut-être guère d’écho dans le tien et qui m’ont semblé ne te causer que de l’ennui.

Si j’avais pu t’oublier, je l’aurais fait, car l’amour que j’ai pour toi est un martyre et ne me causera jamais que trouble et douleur. S’il suffisait de se savoir aimée pour rendre la pareille et si avec la conviction d’être aimée fort peu, on acquérait tout d’un coup la force de se vaincre et d’oublier, il est certain que j’aimerais d’autres que toi, il est certain que je ne t’aimerais plus. »

Edith Piaf (1915- 1963) et Marcel Cerdan (1916 – 1949) ont vécu une histoire d’amour éclatante, un mythe national. En 1948, Edith, alors en tournée à New York, rencontre Marcel, boxeur professionnel. Ils forment un couple très en vue dans le monde des célébrités. Un an après, Marcel décède dans un crash d’avion. De cette tragédie, il ne reste que des lettres passionnées et bouleversantes.

Vendredi 10 juin 1949

« Mon bel amour, Quand tu recevras cette lettre, tu seras bien près du grand jour, et moi, mon cœur battra de plus en plus vite. Mon Dieu, si tu savais comme cela me rend malade à chaque fois. Dis ! Tu pourrais pas plutôt t’occuper de fruits et primeurs ? Y en a marre de tes conneries ! Chéri, tu vas être merveilleux comme à l’habitude. Ce soir, je préside, comme je t’ai dit, le dîner de la rose. J’y vais avec la Marquise et la Lévitan.

Je [me] demande ce que tu m’as fait, mais vraiment, je t’aime, je m’en rends compte chaque jour de plus en plus à des petits détails que tu ignores mais qui comptent terriblement pour moi. Dès que je pense qu’une chose peut te faire de la peine, même si tu ne le sauras jamais eh bien, il n’y a rien à faire, c’est plus fort que moi, je ne peux pas la faire. J’imagine tes beaux yeux chéris posés sur moi et j’ai comme l’impression d’être mise à nu. Quelle puissance et quelle domination tu as sur moi ! Vrai de vrai, tu m’as bien eue !

Chéri ! N’oublie pas tes médailles, pense à moi. Si tu peux aller à l’église cinq minutes le jour du combat, vas-y ! Mon petit que j’adore, à tes pieds que j’aime, je suis à toi, tout à toi. Mon souffle est lié au tien. Je suis tout ce que tu veux, ton esclave, ta servante, ta maîtresse et surtout celle qui t’aime. Oh ! Qui t’aime, plus que jamais. Personne ne t’a aimé et ne t’aimera jamais plus que moi. Au revoir, mon petit maître adoré, mon seigneur si grand. Je t’aime, t’aime, t’aime. Moi.

EDITH PIAF »

Victime des attentats contre Charlie Hebdo, le dessinateur de presse Georges Wolinski (1934 – 2015) laisse une famille détruite, comme en témoigne cette lettre de sa fille, Elsa. Elle signe une déclaration d’amour et rend hommage à son père parti trop tôt.

14 janvier 2015

« Papa, t’es là ? Tu m’entends ?

Si t’es là, fais-moi signe… Envoie-moi un dessin.

Bon, ben, tu m’entends pas, je m’en doutais un peu.

Depuis que t’es mort, je me dis que tu dois enfin savoir si Dieu existe.

Tout le monde t’imagine dans le ciel, avec des filles à poil, en train de te marrer. Mais, moi, je sais ce que tu fais. T’as dû demander un stylo pour te dessiner une table, des feuilles et une lampe. Et puis, maintenant, tu te dessines un double de maman pour qu’elle soit avec toi, même là-haut. Ah, et puis tu t’es fait un lit pour ta sieste. C’est sacré, la sieste chez Wolinski.

Tu sais, je dors dans ton lit. J’ai d’ailleurs dû asperger ta chambre de mon parfum, ça sentait trop toi. C’est bizarre de me coucher à ta place. Mais je suis bien avec toi, là, dans tes draps. Maman t’avait offert un pantalon, t’as pas eu le temps de le mettre. Au fait, papa, j’en profite, est-ce que je peux te piquer tes pulls en cachemire ?

Papa, le journal ELLE m’a demandé de t’écrire une lettre, mais j’ai pas le temps. Le téléphone n’arrête pas de sonner, et je dois m’occuper de maman. Tu sais, elle s’en sort bien. Elle est très belle, comme à son habitude. Mes sœurs sont là aussi. On se serre les coudes. Et puis, on a des rendez-vous bizarres au 36, quai des Orfèvres pour récupérer tes affaires. J’avais l’impression d’être dans nos fameux polars qu’on aimait tant tous les deux. Et puis, aux pompes funèbres, pour te choisir une urne et un bout de terrain. On n’y pense pas, mais c’est plus difficile de choisir une urne qu’une paire de chaussures Prada. J’aimerais bien garder l’urne avec moi, je te baladerais dans mon sac, je te mettrais à côté de mon lit.

Papa, je me pose la question. Est-ce que t’as souffert ? Parce que c’est ça qui m’angoisse, tu sais. J’ai peur que t’aies eu peur, j’ai peur que t’aies eu mal. Mais ils ne t’ont touché qu’à la poitrine, alors, les bobos, on les voit pas.

T’es beau, tu sais, avec ce drap blanc qui t’enveloppe. T’as même l’air heureux. J’ose pas trop m’approcher, tu m’en veux pas ?

Je voudrais être capable de t’embrasser pour la dernière fois, mais j’y arrive pas. J’ai demandé à la dame de l’Institut médico-légal si on pouvait t’empailler mais elle m’a dit que c’était pas possible.

Papa, on dirait que tu dors.

Mais tu dors pas, t’es mort.

Pour dehors, Wolinski est vivant.

Mais, pour moi, t’es plus là.

Elsa a perdu son papa. »

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