Paris Fashion Week: Nehera, Demeulmeester, Miyake, Leonard… rien que le meilleur!


Du 1er Mars au 9 Mars 2016, La Mode à la Française a assisté à moultes défilés lors de la Fashion Week Parisienne du Prêt-à-Porter Automne/Hiver 2016-2017. Mais, pour vous, elle n’a gardé que le meilleur ! Reportage d’une semaine de folie !

NEHERA, l’élégance de la sobriété

Pour ouvrir le calendrier de la Fashion Week Paris du Prêt-à-porter, la maison NEHERA a placé la barre haute dans l’une des plus belles salles de la Bibliothèque Nationale de France, rue Vivienne. Le titre de cette nouvelle série Automne/Hiver 2016 est « Faded Forms » – littéralement « formes délavées ». Toute en simplicité, le créateur a jonglé avec brio avec les détails et les déséquilibres des coupes.

NEHERA a imaginé une garde-robe entièrement centrée sur les silhouettes à la fois très structurées et très floues. Au cœur de cette ambiguïté émerge un style naturel artistique reflétant la spontanéité et la finesse du talent du créateur. La fluidité du vêtement et l’ampleur du mouvement dicté par la démarche des mannequins sont les leitmotiv de cette obsession pour la beauté – si fragile et en même temps si volatile.

Les lignes sont pures et d’une fausse simplicité. Les volumes sont lâches. Le superflu n’est pas de mise. Le vide se transforme en force. La faiblesse – une épaule découverte – regorge de puissance – de style. En toute honnêteté et liberté.

Les silhouettes sont agrandies ou raccourcies. L’asymétrie dans les couvertures extra-larges qui servent de manteaux ou de jupes et les multiples couches fusionnent pour créer un dynamisme artistique. Les vêtements de pluie et autre blousons – que l’on aurait confondus avec notre valise!- sont tous aussi cocoon que confortables. Les fermetures Eclair dans le dos et les poches très larges sont les détails pragmatiques qui soulignent le maintien et accentuent la démarche. Les archétypes sont réinterprétés façon NEHERA : les costumes, les tuniques en feutre mou avec leurs manches retroussées, les pulls col-roulés, les mocassins en daim, les bottes non-doublées. Les matières choisies par NEHERA sont très tactiles : on a trouvé du velours, de la laine, de la soie, du coton japonais, du velours cotelés, … Quant à la palette de couleurs, elle se déclinait en amalgame de blancs, de beiges, de tons laiteux accentués des teintes rouilles et marron-tabac.

On retiendra de ce défilé NEHERA la diversité des mannequins : de tous les âges, de toutes les couleurs, ce sont elles qui ont apporté le peps au show ! On soulignera également l’absence de haut-talons ( clin d’oeil à Victoria Beckam?!), le make-up nude et la boucle d’oreille unique très graphique et volumineuse…

Y/Project bâtit sa légende

Dans les combles du très royal lycée Charlemagne, la griffe Y/Project a présenté hier soir son tout premier women’s show ! Proposant une collection à 50% unisexe, le nouveau directeur artistique, Glenn Martens, figure parmi les créateurs les plus originaux de sa génération.

C’est ainsi qu’en pleine nuit, sous le clair de lune, Y/Project nous a introduit dans les passages secrets d’un bâtiment historique : le lycée Charlemagne. Sous les combles, le public a pu apprécier avant le début du show cette atmosphère si particulière qui nous fait remonter le temps à l’époque baroque des chevaliers. Ces murs qui tombaient en lambeaux et ces poutres apparentes qui sortaient des toits extérieurs apportaient un certain charme à ce lieu si atypique. Cette ambiance rétro semblait préluder le thème général du défilé et l’esprit de la marque française. Au-dessus de nos têtes, des restes de fresques murales suggèrent un passé flamboyant : il y a de quoi s’occuper avant le début du défilé !

Enfin, le défilé débute sur une musique à la fois psychédélique et pop orchestrée par Elliot Berthault. Les ensembles gris foncés s’harmonisent avec un petit foulard noué au cou. Rien de très original… Mais, peu à peu la collection se diversifie et ose des associations totalement décalées et désirables. Par exemple, la marinière oversize rentrée dans un pantalon taille haute très cintré. Autre coup de cœur : le souci du travail des manches ! En effet, il semblerait que Glenn Martens aie jeté son dévolu sur cette partie du vêtement pour lui redonner ses lettres de noblesse. Le créateur belge s’est ingénié à créer des volumes inattendus, des effets bouffants, extra-larges et des gros nœuds en soie lacés au niveau des poignets.

On retient aussi et surtout cette superposition : pantalon en cuir + escarpins + jambière ! Ceci donne une allure tout de suite beaucoup plus assurée et une image très féminine de la femme. Il y avait également ces jeux de ceintures omniprésentes, ces manteaux boutonnés dans le dos, ces cols XXL en dentelles très travaillées. Impossible de ne pas souligner ce clin d’oeil à la marque italienne Dolce&Gabanna avec ces imprimés de roses rouges visibles sur les robes moulantes ou sur les chaussettes en tulles. Les robes justement… Cette série se remarquait par ses effets de manches courtes tombantes mais retenues in extremis par des fils discrets et par ses cols plissés et remontés (pour une allure des plus royales…)

Ann Demeulemeester : le noir règne au côté du blanc

Alors que nous revenons du défilé d’Ann Demeulemeester, il est temps de prendre de la hauteur de vue pour dresser un premier aperçu des tendances de la saison automne/hiver 2016-2017. L’extravagance des tenues reste de mise sur les podiums et pourtant, ces collections de prêt-à-porter laissent comme un vent de liberté et de permission.

Au cœur de la Fashion Week de Paris, la semaine de la mode s’apparente à du ‘haut-à-porter’ ! Les très célèbres maisons de couture ont exposé leurs travaux artistiques tout en dévoilant un lien indestructible (tel un pont en pierre) mais complexe avec les collections présentées en janvier dernier. Lors de ces premiers jours de show, les séries de vêtements – que l’on trouvera bientôt en boutique – sont un concentré d’artisanat, de luxe et spectacle. Les silhouettes et les thèmes se démarquent les uns des autres et démontrent l’influence à la fois des tendances de la rue que des valeurs de la haute-couture. C’est cette ambiguïté proche de l’amalgame qui fait le charme de cette semaine de mode. C’est exactement là que se trouve tout l’enjeu. En mettant un point d’orgue à ce point d’achoppement, les créateurs offrent une perspective originale de la mode d’aujourd’hui et de demain.

L’hiver prochain, porter le noir se conjugue avec raffinement. Selon le directeur artistique – ancien bras droit d’Ann Demeulemeester – Sébastien Meunier, cette couleur à la fois sombre et romantique a un langage propre. Soulignées par des superpositions, les silhouettes sont longilignes avec une certaine fragilité omniprésente dans sa dernière collection de prêt-à-porter. Le noir figure parmi ces couleurs qui relève la sensualité féminine : les pantalons longs en soie ou imprimés désembourgeoisent une allure mystérieuse. Quelques touches de blanc ça et là ponctuent un ensemble dark et viennent sculpter les vêtements.

Pour un ultime petit coup d’œil au défilé de cette dernière collection prêt-à-porter Ann Demeulemeester pour femme allie élégance gothique et minimalisme japonais. On retient les robes vaporeuses façon traîne, les modèles asymétriques et les pièces aux détails surprenants, sombres et vifs.

Avec Issey Miyake, le catwalk est un effet d’optique

Aujourd’hui, le créateur Issey Miyake a investi le Jardin des Tuileries entre jet d’eau et grille royale pour présenter sa nouvelle collection de prêt-à-porter Automne/Hiver 2016-2017. Entre expériences des matériaux textiles ‘cuisinés’ à sa sauce -selon ses propres dires- et innovations musicales : le show Miyake était un show à ne pas manquer lors de cette Fashion Week parisienne !

Tout d’abord, parlons bien, parlons son. Le jeune créateur Issey Miyake a fait appel à Ei Wada et son complice Haruka Yoshida, membres d’Open Reel Ensemble pour transformer la lumière en son et créer une harmonie stylistico-musicale. En effet, le duo éclectique a offert une performance inédite époustouflante. Avec leur nouvel instrument, le ‘Kankisenthizer’ et munis de capteurs photosensibles, ils transmutent les vibrations lumineuses de faisceaux passés au crible des pales de ventilateurs pour réinventer une gamme improbable. Ei Wada et Haruka Yoshida ont ainsi livré une réinterprétation fragile et mécanique du Canon de Pachelbel. Sublime … !

Sublime était aussi la collection d’Issey Miyake. En effet, à la fois universelle et triviale, mystérieuse et gestuelle. Composée de deux parties, cette garde-robe dévoilée sous ce grand chapiteau éphémère est pourtant difficile à décrire simplement.

Sans doute, car plus les choses nous paraissent simples, plus elles sont en réalité complexes. Tout le savoir-faire d’Issey Miyake réside dans ce génie à travailler les détails infiniment pour un résultat faussement facile.

Cet art de l’illusion se retrouve dans la technique ‘Baked Stretch’ qu’Issey Miyake maîtrise à la perfection : les vêtements sont comme gonflés et pourvus d’un plissé fluide, les motifs prismatiques colorés s’harmonisent avec les imprimés géométriques tissés, les formes en cercles concentriques s’entremêlent dans des coupes frippées graphiques….

Puis, les mannequins défilent portant des vêtements aux techniques dites ‘3D Steam Stretch’. En effet, Issey Miyake a eu recours à un fil chenille épais et coloré tissé dans la matière pour sa série de vêtements de prêt-à-porter. On retient cette ‘Piece of Cloth’ aux formes torsadées uniques. Et impossible de passer à côté des robes, jupes et tops en spirales dynamiques. Si difficile à résumer – trop de richesse stylistique ! -, ce défilé d’Issey Miyake fut pourtant celui des structures saisissantes, des ondulations étonnantes et du plissé rayé-enroulé.

John Galliano, la couture sur le ring

Au cœur de la Fashion Week de Paris, le styliste anglais Bill Gaytten a présenté la collection automne/hiver 2016-2017 de John Galliano. Motifs militaires, coupes féminines, pièces fortes : sur la musique folk-celtico-électro de Paul Morris –  claviériste du groupe Rainbow , ce défilé a défié toutes les attentes.

Fidèle à lui-même, Bill Gaytten crée une collection disciplinée mais dont l’essence pure est celle de John Galliano. Cette alchimie s’opère avec un naturel saisissant dès les première mannequins habillées de drapés façon vestale – signature Galliano – et chaussées de savates de boxe montantes et brodées…

On met dans sa garde-robe ces manteaux militaires de laine aux tons verts dégradés. Pourquoi tant d’emphase à propos de cette série ? Le directeur artistique Bill Gaytten a eu la géniale idée de parer ces pièces uniformes lourdes avec des détails en cuivre – telles des broches brodées en perles ou des montres à goussets ! Mais, impossible de se contenter d’une seule pièce – car n’est-il pas dit que la personnalité du vêtement vaut autant que celle d’une personne ?

On aimerait vous parler aussi de ce manteau brodé avant-gardiste et en même temps très romantique qui traduit une certaine influence goyesque. En effet, cette collection hivernale se présente sous le signe du romantisme avec quelques touches de rocco rebelles. C’est ainsi que la Maison John Galliano donne naissance à une controverse sur l’identité de la belle femme…

Les jeux de transparence sont également omniprésents pour une allure audacieuse et risquée – un clin d’œil évident au tableau ‘La Maja Nue’ de Francisco Goya. Malgré la force des coupes qui caractérise le travail de Bill Gaytten, le styliste anglais s’est appliqué à traiter les formes et les volumes des pièces en les associant à des tissus subtils. On aime cette palette minutieuse de verts qui contraste avec les blancs et les rosés. Légèreté, grâce et délicatesse résument la majeure partie de cette collection – dont les aspects plus sombres et lourds se révéleront peu après.

A la fois universelles et libertaires, les pièces John Galliano présentées cet après-midi sous le préau du prestigieux lycée Carnot étaient l’œuvre d’un homme désireux de créer la femme contemporaine, la vraie !

Leonard Paris, couture contemporaine et joyeuse

Cette saison automne/hiver 2016-2017, au sein du Grand Palais, c’est dans son histoire que Leonard a puisé son inspiration pour construire un présent plus en phase avec son ADN originel. Un retour aux sources dont la direction artistique est assurée par le Studio.

Cette collection dévoile une femme élégante et dynamique qui emprunte son sens de la liberté et du style aux grandes héroïnes des années 70 : Loulou de la Falaise, Marisa Berenson, ou encore Diana Vreeland, celles qui ont donné à l’esprit bohème-chic ses lettres de noblesse. Une âme joyeuse et voyageuse dont l’allure sophistiquée n’a de limite que celle de son imagination. Mondaine et cosmopolite, la femme Leonard est avant tout résolument ancrée dans son époque. A col lavallière, volants en détail au cou ou aux manches, la blouse devient une pièce pivot. Elle s’imagine aussi version chemise à l’esprit texan. Une sorte de pas de côté qui révèle une touche d’humour !

Un retour aux sources qui se manifeste de manière évidente dans le choix des imprimés et sur les matières comme cette toile de soie qui enveloppe avec fluidité les courbes du corps pour mieux les souligner. En Inde, lors d’un séjour à Mumbaï, Daniel Tribouillard invité par le gouvernement indien a choisi le dessin de l’imprimé Cachemire qui évoque un voyage entre l’Europe et l’Asie, sur la route de la Soie…

Il invente également l’imprimé fleuri Radjah, sous forme de tapis qui reprend les fleurs iconiques de la maison et à partir de cartes anciennes du XVIIème siècle découvertes au marché de Portobello à Londres, il crée le motif Carte du Monde qui incite à l’évasion.

Quant ils n’éclatent pas dans toute leur intensité, les motifs se retrouvent en détail sur le revers d’une manche de manteau, sur les poches ou en ceinture d’un pantalon. Mais pour contrebalancer l’omniprésence de l’imprimé, Leonard a souhaité proposer se vision de l’uni en respectant les codes chers à la maison. On aime ce ‘faux uni’ qui se joue des matières et des imprimés en mélangeant soie architecturée, sequins et dentelles, noir et bleu marine.

Un coup de cœur ? Plutôt des coups de cœur ! Comme ce trench tout en sequins marine avec en rappel discret, sur la doublure, un motif cachemire assorti. Ou cette robe en soie noire surimprimée, avec aux poches et aux manches de la dentelle bleu marine.

Splendide Voyage avec Shiatzy Chen

Quelques mois après la collection Printemps-Eté 2016, Shiatzy Chen poursuit son exploration passionnante de la Pérégrination vers l’Ouest, l’un des quatre livres les plus importants de la littérature chinoise. Au cœur du Grand Palais, le créateur asiatique nous ouvre les portes de l’histoire de son pays…

La Pérégrination vers l’Ouest raconte le destin de Tang Sanzang et de ses trois disciples qui rencontrent divers démons et se retrouvent pris dans des nœuds gordiens, des situations inextricables extraordinaires, mais parviennent toujours à déjouer les pièges et mauvais sorts. Inspirée par ces histoires hautes en couleurs, Shiatzy Chen a créé une collection de motifs et de textures enchantés qui rendent hommage à ce voyage épique.

Le terme philosophique « déviance » a été sans cesse redéfini comme le courage d’innover et de défier l’autorité. Dans une légende fondatrice de la culture asiatique, le disciple Sun Wukong, « rebelle avec une cause », affronte, lors de son voyage vers l’Ouest, une multitude de difficultés et de menaces, dont il sort toujours victorieux. A la fin, en guerrier courageux, Sun aide son maître Tang Sanzang à rapporter les écritures sacrées.

Après une saison rock’n’roll, cette collection transcende les éléments typiquement orientaux. Grâce à différentes associations, de nouveaux looks prennent forme. Broderies, imprimés et matériaux inédits sont présentés de façon harmonieuse et non-conventionnelle. Cette saison encore, Shiatzy Chen collabore avec le célèbre illustrateur taiwanais Inca Pan, qui a dessiné Tang Sanzang et ses disciples Sun Wukong, Zhu Bajie et Sha Heschang à la main, dans un style enfantin, donnant naissance à une coopération interdisciplinaire entre la mode, la culture et l’art.

Pour la saison Automne/Hiver 2016, Shiatzy Chen adopte des techniques innovantes pour travailler la surface des matériaux et les motifs. Ses silhouettes uniques et désirables font vivre la magie et la joie infinie d’un splendide voyage.

Les silhouettes déambulent sur le catwalk en costumes, en doubles combinaisons de soft rock et de baroque luxueux ou en tutus et pantalons d’équitation ajustés superposés. La jupe est taille basse et boule classique. Le pull à capuche se porte sous un blouson aviateur.

Les broderies de perles superposées et de blasons imprimés représentent Sun Wukong, Zhu Bajie et Sha Heschang : le pli est cousu en soie, les sequins sont embellis, les perles florales son travaillées en organza de soie et les boutons, les rubans et les graines sont brodés de pissenlits.

Un accessoire ? Le Nouveau Sac de Jade forme seau décoré de guipure sequins et rubans !

La minute people : quelques sièges à côté à droite, Eva Longoria et quelques sièges à gauche, Carine Roitfeld. Toutes deux étaient elles aussi venues assister au défilé de Shiatzy Chen. Décidément, si bien entourée, on n’avait pas perdu notre journée !

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