Lauren Lovette : une jeune étoile qui brille aux Etés de la Danse


La Mode à la Française a eu le privilège d’interviewer l’une des stars montantes de la compagnie du New-York City Ballet : Lauren Lovette, actuellement star pour Les étés de la danse. A seulement 23 ans, elle est un véritable petit génie. Adorable, nous avons pu échanger avec elle sur les toits du Théâtre du Châtelet, en plein ciel, entre les nuages gris et les bateaux-mouches. Propos recueillis avec élégance et sincérité comme un avant-goût des prestations qui auront lieu jusqu’au 16 juillet 2016…

Déjà au sommet de son art 

« Le public parisien est vraiment excitant, ils applaudissent à tout rompre et tapent du pied pour nos encourager. Cette tournée au Châtelet est une première pour moi : je n’avais encore jamais dansé devant un public à Paris. J’avais juste eu une expérience avec JR en France mais c’était pour la réalisation d’un film donc ce n’était pas du tout pareil. »

« Mon parcours a été si rapide. C’est vrai qu’en six ans, j’ai gravi tous les échelons. Mais, ma nomination de danseuse étoile fut une vraie surprise, d’autant plus que je venais tout juste de me rétablir d’une blessure au tendon d’Achille. Pendant plusieurs semaines, j’ai dû rester allongée avec la jambe en l’air. Quand je suis revenue sur la scène, un jour où je me trouvais dans les coulisses, mon professeur est venu me donner une tape dans le dos pour m’annoncer que j’étais « prima ballerina ». Avec sa grosse voix, en toute confidentialité, il m’a annoncé la nouvelle. Je n’ai su DIRE qu’un mot : « Merci » ! J’étais bien sûr tellement heureuse mais je savais aussi qu’une lourde pression m’attendait, que je n’aurai plus beaucoup de temps pour moi, que la danse serait désormais toute ma vie. C’est un vrai défi, un défi qui me tire vers le haut. Au fil des saisons, j’ai dû canaliser toute mes émotions pour me concentrer sur ma technique et prouver que je méritai ce titre malgré mon jeune âge. »

« Je suis la plus jeune danseuse étoile de la compagnie du NYCB. Mais c’était un tellement beau moment ! »

« Pendant six ans, je dansais avec cette douleur dans le pied. Certains jours, je souffrais et puis d’autres, ça passait… mais c’était toujours très dur de sauter. Jusqu’au jour où je me suis rendue compte que si je voulais pousser mes limites et progresser, je devais faire quelque chose. A 22 ans, j’avais décidé de prendre soin de mon corps, de l’écouter si je voulais continuer à danser encore dans dix ans. »

« Quand on essaie d’analyser les danseurs (leurs pas, leur technique) et qu’on veut à tout prix leurs ressembler, on ne pense qu’à une seule chose : danser comme eux au point de s’oublier soi-même et de se cacher derrière un personnage, une performance… Mais, être « prima ballerina » m’a totalement libérée du carcan de l’évaluation et de la rigueur stricte qui obligent à danser selon certaines règles établies depuis des décennies. Désormais, je n’avais plus rien à prouver : je pouvais m’exprimer et exprimer ma personnalité à travers mes rôles, sans disparaître derrière quoi que ce soit. Mon professeur a toujours encouragé ma manière de danser, il m’a toujours dit de m’accepter telle que je suis. Et être promue « prima ballerina » signifie bien que l’on nous estime assez mûr pour interpréter à sa façon un ballet, pour s’approprier une chorégraphie, la rendre plus vivante et y laisser un peu de soi. »

« Depuis ma promotion, je me découvre peu à peu. J’ai davantage confiance en moi et je suis maîtresse de mon corps, je sais ce dont je suis capable de faire. Une nouvelle page de ma vie s’est ouverte depuis ce fameux jour de juin 2015 et je profite de chaque instant car je ne sais pas de quoi demain sera fait. C’est très excitant. »

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Sa jeunesse 

Mon secret ? Je pense si je garde toujours le sourire, c’est parce que je viens d’un milieu plutôt modeste et que la chance m’a souri en retour. Je n’aurai jamais osé rêver de réussir un jour ma vie à New-York. J’ai été acceptée à l’ACB à Los Angeles et à partir de ce moment-là, j’ai su que la danse ferait partie de ma vie et mon obsession était d’intégrer le NYCB. Mais, c’était tellement loin que mon objectif paraissait irréalisable.

Et je me souviens de mon premier jour à New-York, avec ma valise sur le trottoir et je me suis dit : « Ca y est. J’y suis. Je l’ai fait ! » Depuis, je garde le sourire tout le temps.

« J’ai travaillé dur mais peu importe car la danse était ma passion et ce qui me rendait heureuse était de faire tous ces exercices quotidiens à la barre, ces heures et ces heures dans les studios. Pendant les cours, je me sentais invincible, tout pouvait arriver du moment que je pouvais danser. »

Je suis Californienne mais j’ai un pied sur la côte est et un autre sur la côté ouest car mes parents ont déménagé cinq fois.

« C’est en voyant ma cousine Janet danser que j’ai eu envie d’essayer et de prendre des cours. Même si aujourd’hui, elle a choisi une autre direction dans sa vie – elle s’est mariée et a fondé une famille – elle m’influence encore beaucoup. Je voulais danser comme elle, sauter comme elle, être fantastique comme elle. Elle était tellement belle et parfaite dans ces gestes et dans ses mouvements que j’ai tout de suite été attiré par son univers. On était très proche toutes les deux, comme des meilleures amies même si elle était ma plus grande cousine. On se voyait aussi bien à New-York qu’en Californie. J’aimais tellement la regarder qu’un jour, j’ai enlevé mes chaussures et je l’ai rejointe au studio. J’arrivais très bien à tenir sur mes pointes mais mes pliés étaient trop en « dedans ». »

« Tout d’un coup, je me suis prise de passion pour la danse et je voulais continuer, aller jusqu’au bout. Mais, mes parents ne m’ont pas permis de prendre des leçons à l’école locale. Ainsi pendant deux ans, j’ai assisté aux cours sans avoir à demander à mes parents à débourser quoi que ce soit. Puis, quand ma famille est arrivée en Caroline du Nord, j’ai intégré une école de danse avec la permission de mes parents. Puis, tout est allé très vite et je me suis retrouvée à New-York à 14 ans ! J’ai découvert la technique de Balanchine pour la première fois de ma vie. C’était très différent des leçons de ballet classique que j’avais eu auparavant. J’ai dû trouver la force dans mes jambes pour réaliser des sauts toujours plus haut. Pour la première fois aussi, j’avais des cours avec un véritable piano ! J’avais des cours de jazz, de danse moderne, … tout ce que j’aimais. »

Je n’ai jamais été très douée pour jouer d’un instrument mais je suis très sensible à la musique et surtout au piano. Pouvoir danser accompagné d’un piano est une chance inouïe qui permet de créer une connexion entre le danseur et la musique.

« Au début, quand j’ai intégré les classes du NYCB, j’étais un peu effrayée. Moi qui venais du Cary Ballet Conservatory, j’étais impressionnée de fouler le plancher d’une école à la réputation mondiale. Aujourd’hui, j’apprécie cette structure et je m’y sens bien. »

« J’éprouve quantité d’émotions quand je danse. Ce n’est plus la technique qui compte mais l’émotion qui se dégage de la musique et qui transparait dans mon interprétation. Et danser devant un public est une expérience tellement unique. A Paris, le public est très expressif et je me sens portée par lui d’autant plus que les chorégraphies de Balanchine sont assez rapides et particulières. Les spectateurs parisiens ne sont pas habitués à de telles prestations. Cette dimension de partage est donc très importante pour moi. »

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Sa période chorégraphe 

« La chorégraphie que j’ai faite était vraiment la première chose la plus importante pour moi que j’ai réalisée dans ma vie. J’avais toujours fait quelques petites chorégraphies de temps en temps à l’occasion des travaux pratiques donnés au NYCB. Mais, ce n’est rien comparé à cette chorégraphie ! »

La chorégraphie est un art qui rassemble autant les hommes que les femmes et nul besoin d’être au top (nommé étoile) pour s’initier dans ce domaine.

« Au début, j’avais peur de la tâche qui m’attendait mais en même temps, ce challenge m’a permis de m’ouvrir à autre chose, de me diversifier dans mon art et donc d’approfondir mes connaissances de la danse. Je n’aime pas parler en public mais chorégraphier un ballet est aussi une manière de s’exprimer comme un créateur qui présente sa collection dans un défilé. Dans un premier temps, je ne voulais pas chorégraphier, je pensais que les autres étaient meilleurs que moi et j’ai demandé à mon professeur s’il ne pouvait pas choisir quelqu’un d’autre que moi. Il m’a répondu : « Non, c’est à toi de le faire ! » Et en effet, je l’ai fait. Je crois que j’étais surtout effrayée à l’idée que mon nom serait inscrit, c’est une sensation tellement étrange de signer une telle œuvre… »

« Finalement, j’y ai pris beaucoup de bons temps, j’en garde d’excellents souvenirs – mon professeur était très fier de moi. En vérité, j’aime tellement qu’on me confie des défis à relever, aussi petits qu’ils soient. Et puis, même si je suis une danseuse étoile et que je passe la plupart de mon temps à danser, j’apprécie aussi de faire autre chose : la cuisine, le théâtre, dessiner, créer de mes propres mains… Réaliser un ballet et penser aux costumes est très sympa d’autant plus que je n’avais pas la pression que subissent les « vrais » chorégraphes. C’était davantage une expérience personnelle où j’ai pu explorer mes capacités. »

« Mon ballet dure quinze minutes. J’ai choisi Schumann l’opus 1.34, un choix qui a surpris mon professeur mais il a bien sûr accepté et m’a encouragée dans cette voie-là. »

Il m’a dit « Tu as quinze minutes toutes à toi. Fais ce que tu veux. » Et quinze minutes, c’est très long !

« J’avais écouté plein de playlists sur Spotify, surtout des musiques contemporaines. Je voulais faire quelque chose de différent de ce que l’on a l’habitude d’entendre au NYCB. J’ai eu la chance d’avoir un costumier exceptionnel qui a confectionné des costumes simples, très épurés qui laissent voir la forme des corps. Mon ballet met en scène dix-sept danseurs. Je sais que c’est beaucoup mais dans mon esprit, la danse se pense au pluriel. »

« Aujourd’hui, je suis une danseuse très occupée car en plus des cours quotidiens et des répétitions, nous avons des séances de massages et je pratique aussi beaucoup de Pilates. Etre danseuse est un métier à temps plein. Je suis fière d’être une femme et d’être un modèle pour certaines jeunes filles qui viennent me voir après une représentation pour me remercier et me dire qu’elles ont plus confiance en elles. Mais, je ne fais pas mon métier au nom des femmes ! Mon professeur me répète toujours qu’il m’a choisi non pas parce que je suis une femme ou que je suis jolie, il m’a choisi car je suis douée ! Si en effet, j’ai fait mes preuves en tant que danseuse, je ne suis pas prête pour me jeter à l’eau dans le milieu de la chorégraphie.

L’émotion est très importante pour moi, je ressens très facilement des émotions dès que j’entends de la musique. Par contre, l’aspect architectural d’un ballet est davantage un défi. Improviser est aussi un challenge un peu fou dont le résultat doit aboutir à des immenses images en mouvement. Si les danseurs sont nombreux, la plupart sont mes amis et je les connais bien, je sais ce dont ils sont capables, ce qui les rend plus forts… J’aime cet aspect cependant car il me fait grandir dans mon art. Travailler avec mes amis étaient encore mieux : l’atmosphère en studio de répétition était tellement sympathique, je n’avais pas besoin de faire « ma chef » avec eux, ils me respectaient comme une chorégraphe mais aussi comme une amie ! De plus, cette expérience était facilitée grâce à mon statut de danseuse étoile, car je comprends les attentes et les souffrances des danseurs.

Avec JR, j’avais inventé une chorégraphie classique qui accompagne une danse hip-hop. C’était une expérience sympathique où je pouvais tester tout ce que je voulais. J’étais très libre dans mon interprétation.

Pour me guider, JR empoilait des expressions très visuelles et me demandait de danser comme si j’avais les ailes d’un oiseau. J’ai donc pu m’exprimer pleinement à partir de là. Cette collaboration de sept minutes était finalement très courte mais la musique était très belle et travailler à Paris était tellement excitant ! C’était l’été dernier (déjà !).

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Une star de la danse !

J’ai aussi collaboré avec une marque de bijoux et la marque de champagne Ruinart – car c’est vrai, j’apprécie énormément le champagne. C’est très intéressant de découvrir les dessous d’une marque, de rencontrer des personnes différentes. Les bulles du champagne sont comme les sauts des danseurs : tellement furtifs et en même temps tellement beaux et magiques. De plus, l’univers du champagne rejoint celui de la danse dans le sens où ce sont deux passions, deux mondes qui cherchent constamment la perfection et le meilleur. Enfin, la confection d’un champagne doit prendre en compte les aléas de la météo, de même lors que les danseurs montent un ballet, on ne sait jamais ce qui peut arriver, qui dansera finalement le rôle principal le jour de la première – car à tout moment, un danseur peut se blesser… La compagnie du NYCB et Ruinart partagent aussi ces valeurs de tradition et de classicisme.

Je n’aime pas qu’on me demande ce que je ferai dans dix ans ! Chaque année est si différente et réserve tant de surprises qu’il est difficile de se projeter si loin dans le temps. Je me concentre sur chacun des challenges que je dois relever, un par un, sans brûler les étapes.

Mes meilleurs moments sur scène ? Comme danser est ma passion, chaque fois que je monte sur scène un moment de pur bonheur pour moi. J’aime danser et je suis consciente tous les jours que j’ai une chance immense de pouvoir faire ce que j’aime ! Je suis heureuse de la vie que je mène. Mon métier est tellement complet et excitant : je peux créer, je suis une artiste, je peux voyager à travers le monde !

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Petit génie de la danse à applaudir jusqu’au 16 juillet 2016 au Théâtre du Châtelet !

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