(Livre) « Loin du corps » : le premier roman d’une jeune artiste Léa Simone Allegria


« Loin du corps » (Seuil) est un livre sur les coulisses de la haute-couture et les secrets de la vie de ceux qui incarnent l’élégance parisienne et lui vouent un sacerdoce. Plus qu’un énième livre sur les ravages du mannequinat, Léa Simone Allegria présente un premier roman original, entre art et mode.

C’est l’histoire d’Adrienne, une jeune fille comme toi, comme moi, comme elle. Et pourtant, elle a un coeur fragile, un coeur de porcelaine qui s’est écaillé au mauvais endroit – une disparition incomprise, tragique. Un coeur qui s’est ensuite cassé en mille morceaux – une rupture douloureuse, obsédante, engloutissante.

Début d’une vie, des pages qui coulent à l’encre noire du sang de cette jeune provinciale débarquée à Paris pour suivre des études à l’Ecole du Louvre et vivre sa passion pour les oeuvres sculpturales de la Grèce Antique et de la Renaissance.

Mais, a contrario de ces statues, le destin n’est jamais gravé dans le marbre à jamais. Surtout celui d’Adrienne qui a perdu le goût de la vie et se laisse happer par ses démons qui rôdent, comme des ombres immondes, dans les rues du quartier du Sentier. Adrienne devient aussi froide et dure que la statue « Vénus de Milo » dans la salle des Cariatides du musée du Louvre. Seul instant où elle reprend vie ? Les cours qu’elle donne à des élèves et son mémoire qu’elle prépare sur « Les déesses profanes, Vénus et la Renaissance italienne ».

Dès les premières pages, la lectrice s’assimile à Adrienne : elle est « la définition même du chic, du je-ne-sais-quoi, de la French touch, elle est mutine, elle est nonchalante, elle est étudiante en arts. C’est Jane Birkin, c’est Hardy, c’est Dutronc, elle est tous les arrondissements de Paris à la fois, un peu canaille, un peu grisette, un peu snob, Adrienne, elle fait pas de brushings, elle laisse ses cheveux sécher au vent, elle porte son sac Chanel pour aller chercher le pain ».

Pourquoi on aime ? Le lien toujours présent, même si parfois ténu, entre sa vie de mannequin et les oeuvres qu’elle étudie, qui la fascinent et qu’elle connait par coeur – dans les moindres plis, dans les moindres détails.

Parce que Paris est une ville aux mille surprises, les rebondissements s’enchaînent au fil des chapitres. On aime aussi vivre avec Adrienne au rythme des fashion weeks, de la vie trépidante et secrète du Paris by night : là où la musique et les corps s’emmêlent, où le temps s’arrête et devient le refuge de tous ceux qui veulent se laisser porter par les vibrations des poumons de la capitale…

Un coup de coeur ? On s’envole d’abord à Istanbul pour assister en direct au premier shooting d’une jeune fille en fleur sur les îles des Princesses. Puis, on embarque pour New-York à la rencontre des Américaines (très « J’adore les croissants »). On craque pour le personnage de Koï : un Japonais, sorti de nul part, aux vertus apaisantes et miraculeuses, qui a sauvé notre héroïne du désespoir dans lequel elle se morfondait et qui l’a libérée (littéralement) du poids de son mal-être… Et surtout, on aime la chute de cette -finalement belle- histoire … mais chut ! on vous laisse la découvrir.

Le plus ? Pour toutes ces références aux oeuvres qui ont façonné, au cours des siècles, l’idéal du corps de la femme. Pour les réflexions sur l’attitude et l’état d’esprit dans lesquels les muses devaient se trouver alors qu’elles posaient (souvent nues) devant l’artiste…

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Loin du corps
Léa Simone Allegria
Seuil Editions
Date de parution 02/03/2017
18.00 € TTC
272 pages

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