(Lecture) « Une amie très chère » d’Anton Disclafani, un joli roman de fin de vacances ! 


Dans son dernier roman, Une amie très chère (Denoel), l’auteure floridienne Anton Disclafani signe une histoire intime entre deux jeunes filles de la haute société texane des années 50 liées à jamais par leur amitié toxique et complexe. Un petit bijou de littérature contemporaine américaine à lire avant la rentrée !

C’est l’histoire d’une amitié. Une amitié cousue au fil des jours, des mois et des années sur un tissu de secrets, de drames et de mensonges. Mais aussi d’amour. Un amour inconditionnel, inexplicable et pourtant omniprésent. Une relation néfaste autant que nécessaire pour l’équilibre de deux âmes perdues dans leurs regrets, leurs souffrances et leur mal être.

Cece Buchanan et Joan Fortier vont expérimenter tour à tour l’amour d’un homme (des hommes) et la joie d’être mère. Mais, ces expériences vont s’avérer pour l’une destructrices et pour l’autre salvatrices. Ce point de non-retour va alors bouleverser leur amitié et teinter leur relation fusionnelle de non-dits, de déchirements et d’incompréhension.

Anton Disclafani signe ici un roman bouleversant mais plein d’espoir et de vrais sentiments. Page après page, on le lit d’une traite sans prêter attention au temps qui passe. Happée par le suspens, envoutée par la personnalité énigmatique de Joan Fortier et prise dans les filets obsessionnels de Cece Buchanan, la lectrice se laisse séduire par le style de l’auteure américaine (traduit à merveille par Pierre Ménard) aussi léger et délicieux que les bulles d’une coupe de champagne !

Pourquoi on aime ? Parce que l’histoire se déroule au Texas dans les années 50 au coeur de la high society de la ville de Houston. La lectrice est transportée dans le quotidien des jeunes lycéennes devenues de jeunes adultes très privilégiées. On vibre au rythme des sorties au cinéma, des apéros entre « intimes » au bord d’une piscine, des soirées dans les cabarets les plus sulfureux (notamment le très célèbre Shamrock) où les verres de martini s’écoulent à flots jusqu’au bout de la nuit. On suit les nombreux personnages qui cachent, derrière les apparences, une blessure. Chaque fêlure les rend d’autant plus humains que fragiles…

Un coup de coeur ? Cette citation suffit à exprimer toute la puissance littéraire, créative et stylistique dont fait preuve la jeune auteure Anton Disclafani. La native de Floride puise l’énergie de sa plume dans sa parfaite maitrise de l’écriture détaillée et romanesque. A dévorer (ou déguster selon les appétits !) :

« Personne ne savait si elle allait réussir son plongeon ou trouver la mort à la suite de cette tentative insensée. Cela n’avait aucune importance. Ce qui comptait, c’était cet instant suspendu. Là résidait le secret, le grand talent de Joan Fortier : celui de transmuer l’instant en une sorte d’éternité. Du coup, chacun se sentait à son tour éternel. On ne vieillirait pas tant qu’elle serait dans les parages. Jamais on ne connaîtrait la tristesse, ni la douleur d’apprendre qu’un être aimé nous avait définitivement quittés. »

Le plus ? L’auteure nous livre dans ce roman une véritable réflection sur l’amour. Le vrai. Le pur. Elle nous invite à nous poser pour méditer sur le sens de ce sentiment qui anime l’âme de tout être humain. Car l’amour n’est-il pas fait d’éléments apparemment insignifiants qui finissent par constituer l’existence ? N’est-ce pas de cette façon que l’on aime réellement « une amie très chère », un mari, son enfant ? Jour après jour, sans défaillir, ni se lasser …?

DSC_1451DSC_1458DSC_1459

A se procurer sans hésiter et à lire sur la route du retour des vacances !

Une amie très chère
Anton DiSclafani
Denoël
Traduit de l’anglais par Pierre Ménard
21, 50 euros

antondisclafani.com

Publicités